Identification du « Théâtre de Néron »

La découverte du théâtre de Néron, attesté jusqu’à présent uniquement par les textes antiques, a été massivement relayée dans la presse en 2023. Ainsi par exemple par ArchaeoReporter, dans un article daté du 28 juillet (https://www.archaeoreporter.com/2023/07/28/teatro-di-nerone-una-scopert… ), complété par des interviews vidéo en deux parties, l’une sur les vestiges (https://www.youtube.com/watch?v=mNetJ7ro9f4), l’autre sur le matériel (https://www.youtube.com/watch?v=Bq5PRlylD-k). Y parlent Alessio De Cristofaro, de la Surintendance spéciale de Rome, qui dirige la fouille après Renato Sebastiani, ainsi que Filippo Salamone, archéologue. Les vestiges se situent dans la cour intérieure du Palazzo della Rovere, construit au XVe s. à proximité de l’actuelle basilique Saint-Pierre de Rome. Des travaux de modernisation en vue d’une revalorisation ont favorisé la découverte. La stratigraphie se décompose en deux grandes phases : la première témoigne d’une intense activité artisanale entre l’an 1000 et le Quattrocento. Plus bas se trouve la couche attribuée à l’époque de Néron. Le plan, avec une cavea (en partie seulement située dans la cour) et un bâtiment de scène à front de scène et pulpitum en briques, est bien celui d’un théâtre. On trouvait aussi à proximité des espaces de service, peut-être pour le décor scénique, La topographie concorde avec les témoignages textuels (Pline, Tacite, Suétone), qui permettent de situer le theatrum Neronis à proximité du cirque de Caligula, sur un terrain privé, à l’intérieur des jardins (horti) d’Agrippine l’Ancienne, dans l'Ager Vaticanus (Regio XIV). Les estampilles sur briques mais aussi la forme et la richesse de l’architecture et de son décor confirment l’identification. Le théâtre s’inscrit dans un goût du luxe typique de la fin de l’époque julio-claudienne, que l’on observe en particulier dans les matériaux : marbre de couleur africain (colonnes), albâtre fleuri (chapiteau ionique constituant un unicum), marbre blanc « des îles », stucs peints, dorés à la feuille d’or, où étaient peut-être encastrées des gemmes serties de bronze doré. Des éléments pouvant appartenir à un plafond ainsi que la fragilité du décor laissent penser que l’édifice était couvert. Le matériel antique en cours d’étude, moins abondant que les pièces médiévales, compte aussi une petite tête de marbre blanc en style sévère (compatible avec l’époque julio-claudienne), peut-être un Dionysos ou un Apollon, de la céramique plastique, telle une lampe à l’effigie de Sérapis, un cadenas d’un type rare, à l’origine fermé par un sceau. La fouille du Palazzo della Rovere devra être rapidement suivie de la réalisation d’un projet de mise en valeur faisant honneur à toute la stratigraphie. 
Pour un article en français, on pourra lire celui de Sciences et Avenir, daté du 24 août 2023 : https://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/rome-redecouverte-du-legen…, qui précise que le théâtre et le bâtiment de stockage divisé en plusieurs pièces qui lui était perpendiculaire, donnaient sur une cour peut-être entourée d’un portique. [JC]